Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis Karine Nouveau, j’ai 50 ans et je suis entrepreneure depuis mes 20 ans. J’ai d’abord créé une première société très jeune, puis j’ai cofondé KARA en 2002 avec Rachel, une femme que j’avais rencontrée quelques années plus tôt. Cela fait 23 ans que notre binôme fonctionne, dans une belle entente, avec des valeurs communes et un management basé sur l’écoute et la fidélité.
Je ne suis pas issue d’un milieu entrepreneurial, mais ça a toujours été une évidence. J’ai suivi mon intuition et elle ne m’a jamais quittée.
Qu’est-ce qui a radicalement changé ces 3-5 dernières années dans le management intergénérationnel ?
La rupture est nette. Le Covid a été un tournant. Il a accéléré des mutations déjà présentes : attentes de souplesse, quête de sens, besoin d’équilibre. Aujourd’hui, la génération Z veut de l’autonomie, de la confiance, mais aussi du cadre, de l’écoute, de la formation.
Le souci ? Les injonctions sont parfois contradictoires. Et face à une génération « Uber/Amazon » – tout, tout de suite – les managers doivent composer, ajuster, individualiser.
En parallèle, le désengagement des profils plus expérimentés est palpable. Il y a une vraie bascule post-Covid. On attend aujourd’hui un respect mutuel, des conditions équitables, du sens. On ne « subit » plus le travail. Le manager doit alors faire du sur-mesure pour garder l’alignement de chacun.
Comment as-tu adapté ta manière de manager ?
Chez KARA, nous avons choisi la confiance. Après le choc du Covid, le chômage partiel, les bouleversements personnels, il a fallu remobiliser sans pression. Rachel et moi avons fait le pari de l’accompagnement plutôt que du contrôle. Nous avons dit à nos collaboratrices : « On croit en vous. » Et ça a porté ses fruits.
Notre management est facilitateur : télétravail, 4/5e, souplesse… On s’adapte. Mais surtout, on discute. On connaît chacune, on ajuste, on co-construit. Parce qu’un management efficace aujourd’hui, c’est un management ancré dans la relation.
Tes 3 conseils à une femme qui veut suivre ton chemin ?
- Oser. Quand tu sens que c’est là, fonce. Même si ça ne marche pas, tu auras essayé. Tu ne joues pas ta vie. Il faut « accoucher de ses projets », comme je le dis souvent.
- Être solide. Être dirigeante demande une vraie stabilité intérieure. Il faut s’ancrer, s’aligner, accepter que ce chemin demande des épaules larges et une vraie capacité de recul.
- S’entourer. Cercles, associés, coachs, réseaux comme le CGBB ou la CPME… on ne peut pas construire seule. Il faut savoir aller vers l’autre et oser parler de ses doutes, de ses folies, de ses projets.
Le sujet dont on ne parle pas assez sur LinkedIn ?
La formation des managers. On les sacralise ou on les juge… mais on les forme peu. Or, manager ne s’improvise pas. C’est un vrai métier. Il faudrait davantage de douceur et de bienveillance pour celles et ceux qui tiennent ces postes mais sans perdre pour autant les objectifs à atteindre. Et aussi briser un tabou : un dirigeant a le droit d’être vulnérable. De ne pas savoir. De se faire coacher. C’est même un signe de lucidité et de performance.
Le mot de la fin ?
« Il faut toujours viser la lune, car même en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles. » – Oscar Wilde
C’est mon mantra. Je suis très connectée à l’intuition. Et je crois profondément que même ce qui semble un échec nous emmène quelque part. L’important, c’est d’oser viser haut, de suivre son instinct, et d’agir avec foi.
