Pendant les 15 premières années de ma carrière de manager, j’ai cru beaucoup de choses sur ce que signifiait “bien manager” (surtout si tu es une femme).
Des choses que je n’ai jamais vraiment questionnées.
Parce qu’elles étaient partout, qu’elles semblaient aller de soi et qu’elles semblaient être des “qualités”.
Avec le recul, je vois surtout des mythes.
Et je mesure aujourd’hui le prix que ça m’a coûté.
Les mythes que j’ai crus trop longtemps
Pour être une bonne manager, il FAUT…
– être disponible tout le temps
– prouver que tu es légitime, encore et encore
– éviter le conflit à tout prix
– faire passer l’équipe avant soi, systématiquement
– être à la fois ferme et pas trop
– s’adapter en permanence aux autres
Pris un par un, ces mythes peuvent sembler vertueux. Ils parlent d’engagement, de sens du collectif, de maturité professionnelle.
Ils sont souvent présentés comme des qualités attendues chez une “bonne manager”. Le problème, c’est leur accumulation. 🫠
Ce que ça m’a coûté
Sur le moment, je pensais sincèrement bien faire.
Je cochais toutes les cases de la manager engagée, fiable, investie.
Et pourtant, le prix à payer était là, en arrière-plan.
– beaucoup d’énergie, sans toujours comprendre où elle passait
– une vigilance permanente sur ma posture : comment dire, comment décider, comment être perçue
– des décisions retardées, parce que je voulais embarquer tout le monde
– des tensions évitées, lissées, amorties… mais pas vraiment traitées
– et parfois cette sensation diffuse de ne jamais être tout à fait à ma place
Avec le recul, je vois très bien ce qui se jouait.
👉 Mon côté 🟢 voulait préserver l’harmonie à tout prix : éviter le conflit, rassurer, temporiser, absorber les tensions pour que personne ne soit mal à l’aise.
👉 Mon côté 🟡 cherchait le lien et l’adhésion : garder une bonne énergie, rester accessible, faire en sorte que chacun se sente impliqué. Et souvent, ça me poussait à trop expliquer, trop justifier, trop chercher à convaincre.
👉Mon côté 🔴, pourtant bien présent, était freiné : trancher, cadrer, dire non, poser une limite claire. Je savais le faire… mais je me demandais toujours si ce serait bien perçu.
👉 Mon côté 🔵 ajoutait une pression intérieure : analyser chaque mot, anticiper les réactions, vouloir que tout soit parfaitement formulé. Résultat : je repassais les scènes, je doutais, je cherchais la “bonne façon” de faire… au lieu d’avancer.
Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas un manque de compétence. C’était un tiraillement entre mes différentes façons de fonctionner.
Et surtout, un décalage constant entre qui j’étais vraiment… et ce que je pensais devoir incarner pour être une bonne manager.
Ce que j’ai compris avec le recul
Il m’a fallu plusieurs années pour vraiment mettre des mots là-dessus. Et surtout, pour comprendre que le problème ne venait pas de moi.
J’ai réalisé que :
– ces mythes ne sont pas des règles universelles, mais des normes implicites
– ils sont rarement formulés clairement, donc rarement questionnés
– et ils poussent beaucoup de femmes à se suradapter, jusqu’à essayer de mettre un costume qui n’est pas le leur
Par exemple :
– être disponible tout le temps → ce n’est pas de l’engagement, c’est souvent de l’effacement au service des autres
– éviter le conflit → ce n’est pas de la maturité, c’est de la peur déguisée
– s’adapter en permanence → ce n’est pas de l’intelligence relationnelle, c’est un réflexe de protection
Et surtout, j’ai compris une chose primordiale :
👉 ce n’est pas en en faisant plus que tu trouves ta posture
👉 c’est en comprenant comment tu fonctionnes et ce que tu n’as plus besoin de porter
Si je partage ça aujourd’hui, c’est pour une raison simple : te faire gagner du temps.
Du temps, de l’énergie et quelques détours inutiles.
Ce que le DISC m’a aidée à voir
Le DISC n’a pas tout changé d’un coup.
Mais il m’a aidée à mettre des mots sur ce que je vivais sans vraiment le comprendre.
À voir plus clairement ce qui se jouait dans ma posture, et pourquoi certaines situations me coûtaient autant d’énergie alors que je pensais que tout allait bien.
Petit à petit, j’ai observé des choses très concrètes.
👉 Quand mon Vert 🟢 prenait trop de place, je portais les émotions de l’équipe. Je cherchais à apaiser, à contenir, à faire en sorte que tout le monde se sente bien.
Sur le moment, ça semblait juste. Mais à la fin de la journée, j’étais vidée.
👉 Quand mon Jaune 🟡 était très sollicité, je cherchais l’adhésion. J’expliquais, je reformulais, je voulais embarquer tout le monde. C’était généreux certes, mais la clarté passait parfois au second plan.
👉 Quand je retenais mon Rouge 🔴 (alors que je savais bien évidemment quoi faire) je repoussais la décision. Je me demandais si c’était le bon moment, la bonne manière, la bonne tonalité. Et finalement, ce flou créait plus d’incertitude que la décision elle-même.
👉 Et puis il y avait mon Bleu 🔵. Celui qui analyse, anticipe, cherche à bien faire. C’est une vraie force. Mais à force de vouloir être irréprochable, je ralentissais, je doutais, je repassais les moindres détails dans ma tête.
Le DISC ne m’a pas dit de changer. Il m’a permis de faire des choix plus conscients. Savoir quand écouter davantage.
- Quand clarifier.
- Quand trancher.
- Quand laisser de l’espace.
Je tiens à te le répéter : aucune couleur n’est meilleure qu’une autre. Aucune couleur n’a raison. Mais certaines façons d’agir sont plus attendues, plus encouragées, surtout en tant que femme à responsabilités.
Le voir clairement, ça change beaucoup de choses.
Tu sors de la confusion.
Tu retrouves de la justesse.
Et tu peux (re)prendre sa place avec plus de simplicité et de justesse.
En conclusion…
Reprendre sa posture, ce n’est pas devenir plus dure. Ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre.
C’est :
– choisir ce que tu gardes
– identifier ce que tu peux lâcher
– arrêter de confondre adaptation et effacement
À tester :
Prends quelques minutes pour te poser cette question, honnêtement :
👉 Quel est le mythe sur le leadership féminin que je continue à porter… alors qu’il me coûte plus qu’il ne m’aide ?
Pas pour te juger. Pas pour le corriger tout de suite. Juste pour le rendre visible.
Observe dans quelles situations il s’active :
– quand tu hésites à trancher ?
– quand tu prends sur toi pour éviter un malaise ?
– quand tu t’adaptes encore… alors que tu es déjà claire ?
Souvent, le simple fait de mettre de la conscience là-dessus suffit à desserrer l’étau.
